Il est interdit aujourd’hui de donner une fessée à un enfant. Pourtant après une angoisse pareille, il l’aurait bien méritée. « Il grandissait en sagesse » ! Tu parles ! Sale gosse, oui, mais avec Jésus on n’ose pas. Aussi, tu me donnes la main, tu ne me lâches pas et on rentre à la maison.
A chaque fois que retentit l’alerte enlèvement, à l’occasion de disparitions d’enfants, on peut comprendre l’inquiétude des parents de Jésus, et la question qui est la leur jusqu’au moment où ils le retrouvent dans le Temple : « Mon enfant pourquoi nous as-tu fais cela. Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ».
Tout avait pourtant bien commencé. Rien de spécial à signaler. Très tôt dans sa famille, l’enfant Jésus recevait une éducation religieuse. Il apprenait à lire et découvrait les textes de la Torah : la Loi. Car c’est une obligation pour un père juif que d’enseigner la loi de Moïse à son enfant. Et jusqu’au sabbat qui précède ses 13 ans, l’enfant reçoit, au moins deux fois par semaine l’instruction religieuse. Car à ses 13 ans, alors qu’il célèbre la Bar Mitzwah, cet enfant, dans la synagogue, en présence de ses parents et de tous les membres de la communauté est appelé à lire la Torah. De ce jour, il est majeur religieusement et soumis à toutes les obligations de la loi juive.
Et cela fait partie de son initiation que le fait de l’emmener pour accomplir le pèlerinage à Jérusalem à l’occasion de la fête de la Pâque, ainsi qu’à la Pentecôte et à la fête des Tentes ou des moissons. Les femmes peuvent évidemment accompagner leur mari, mais cette loi sur les pèlerinages ne les oblige pas, pas plus que les garçons avant 12 ans.
Faire ce pèlerinage à Jérusalem, 3 fois dans l’année, aux grandes fêtes, ou au moins une fois si possible, ou une fois dans sa vie, selon les distances, est très important pour tout juif. Car le pèlerinage fait entrer dans une symbolique qui veut dire le sens de la vie de tout homme, en marche vers son Dieu. « Il me faut être chez mon Père »
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Et vous, vous allez mettre où les deux petits points ?
Vous le savez, à l’époque où les évangiles ont été rédigés, il n’y avait pas d’imprimerie, pas de mise en page, pas de ponctuation. Aussi les textes bibliques tels que présentés aujourd’hui dans nos missels sont le résultat d’un travail de lecture, de recherche de sens, d’interprétation. D’où la ponctuation telle que nous la connaissons, ce qui nous a fait lire : « voix de celui qui crie dans le désert : préparez ».
Crier dans le désert : on voit bien ce que cela signifie aujourd’hui. C’est ce que nous ressentons comme peuples de la terre dans notre désir de paix exprimé à des responsables politiques qui n’écoutent pas ce à quoi aspirent leur population. C’est ce qui est exprimé par leurs concitoyens lorsque les dirigeants n’arrivent pas à se mettre d’accord afin de venir en aide aux pays en voie de développement. C’est le constat que nous faisons lorsque des instances internationales refusent ce qui parait pourtant de plus en plus nécessaire : le respect de la création. Oui, « crier dans le désert », ce constat nous le faisons tous les jours ! C’est comme « prêcher dans le désert ! »
A moins que cette expression « crier dans le désert » ait un autre sens. Grâce aux réseaux sociaux, aux portables, de toutes parts convergent des milliers de personnes pour une manifestation, pour un concert, pour une « teuf » comme il est dit aujourd’hui, et se retrouvent alors, foule impressionnante, sur un terrain parfois boueux pour un rassemblement pas toujours pacifique. C’est le bouche à oreille qui fonctionne et qui fait que, dans un lieu isolé sinon désert, on se retrouve pour l’écoute d’un leader, pour le refus de tel tracé d’autoroute, pour un temps de fête avec force décibels !
« Une voix crie dans le désert : préparez ». Ici c’est Jean, fils de Zacharie, qui fait retentir sa voix. Et la rumeur est parvenue jusqu’à la ville. Un prophète s’est levé et c’est dans le désert que sa voix retentit. « Ne serait-il pas le Messie attendu, avec un message qui sort de l’ordinaire ? » Quittons alors nos gros bonhommes vêtus de rouge et à barbe blanche, qui ont pris la place d’un autre qui doit venir ; quittons nos foies gras, nos truffes noires, nos caviars et nos homards, signe d’un repas de fête tant attendu ; quittons nos calendriers de l’Avent avec leurs 24 fenêtres qui sont à ouvrir jour après jour sur des règles de grammaire, des saucissons, des parfums, et même des cases qui renferment pour 60 000 euros de surprise préparés par les grands groupes de luxe ! Qu’y peut-il bien y avoir à ce prix là derrière chaque case ? J’ai entendu dire, mais je n’ai pas vu !
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« Ils se taisaient car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand ». Depuis des mois, Jésus emmène les disciples à sa suite, pour les ouvrir au Royaume ; là, il vient d’annoncer sa mort prochaine… et eux ils se demandent entre eux qui est le plus grand.
Le souci d’être le plus grand, de trouver, de prendre sa place. St Jacques, dans la 2ème lecture parle de la « jalousie et des rivalités ». On voit tous très bien ce que c’est, je crois. Spectacle un peu désespérant, au travail, dans nos familles, dans la société. Si on est honnête, on doit reconnaître que nous-mêmes n’y échappons pas. Bien sûr on ne demande pas explicitement « qui est le plus grand? ». Mais il y a de ça derrière nos regards de travers, nos paroles désobligeantes, qui rabaissent les autres. Tu as vu ce qu’il fait, tu as vu ce qu’elle dit, il se prend pour qui ? Rabaisser les autres... comme si ça nous élevait un peu au-dessus d’eux. Pour être plus grand.
C’est sans doute parce qu’on naît et qu’on grandit dans un monde marqué par la jalousie et les rivalités qu’on se laisse entraîner sur ce terrain. On se laisse influencer par cette manière de trouver sa place. Alors on pourrait accuser ce monde. Rêver d’un monde où il n’y aurait plus ces rivalités et ces jalousies. Mais c’est bien dans ce monde qu’il s’agit de vivre. Toute la Bible en prend acte. La Bible est truffée d’histoires de jalousie et de rivalités. Et on le voit aujourd’hui : même les disciples, qui ont Jésus à leurs côtés en permanence, se laissent entraîner là-dedans. C’est notre monde. Avec sa part d’obscurité. Et il faut consentir à ce monde, comme il est.
Consentir ça ne veut pas dire le banaliser. Jésus est loin de le banaliser. D’ailleurs, le récit d’aujourd’hui commence par l’annonce de sa mort. Les jalousies et les rivalités tuent. Ce sont elles qui causeront la mort Jésus, l’envoyé de Dieu. C’est sans ambiguïté, c’est grave, c’est dramatique. Mais Jésus sait que c’est dans ce monde qu’il est venu. Il connaît son obscurité. Ca veut dire quoi ? Qu’il va entrer, comme chacun de nous, dans ce jeu des rivalités et des jalousies ? Et bien non justement. Elle est là la force de Jésus. Au milieu de ce monde qu’il connaît, et qu’il ne rêve pas de changer par un coup de baguette magique, lui, il va ouvrir une autre voie, ouvrir un passage. Nous faire voir, nous faire entendre que ce n’est pas une fatalité d’entrer dans ce jeu. Au-milieu des loups qui hurlent, on n’est pas obligés de se mettre à hurler.
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