Il est interdit aujourd’hui de donner une fessée à un enfant. Pourtant après une angoisse pareille, il l’aurait bien méritée. « Il grandissait en sagesse » ! Tu parles ! Sale gosse, oui, mais avec Jésus on n’ose pas. Aussi, tu me donnes la main, tu ne me lâches pas et on rentre à la maison.
A chaque fois que retentit l’alerte enlèvement, à l’occasion de disparitions d’enfants, on peut comprendre l’inquiétude des parents de Jésus, et la question qui est la leur jusqu’au moment où ils le retrouvent dans le Temple : « Mon enfant pourquoi nous as-tu fais cela. Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ».
Tout avait pourtant bien commencé. Rien de spécial à signaler. Très tôt dans sa famille, l’enfant Jésus recevait une éducation religieuse. Il apprenait à lire et découvrait les textes de la Torah : la Loi. Car c’est une obligation pour un père juif que d’enseigner la loi de Moïse à son enfant. Et jusqu’au sabbat qui précède ses 13 ans, l’enfant reçoit, au moins deux fois par semaine l’instruction religieuse. Car à ses 13 ans, alors qu’il célèbre la Bar Mitzwah, cet enfant, dans la synagogue, en présence de ses parents et de tous les membres de la communauté est appelé à lire la Torah. De ce jour, il est majeur religieusement et soumis à toutes les obligations de la loi juive.
Et cela fait partie de son initiation que le fait de l’emmener pour accomplir le pèlerinage à Jérusalem à l’occasion de la fête de la Pâque, ainsi qu’à la Pentecôte et à la fête des Tentes ou des moissons. Les femmes peuvent évidemment accompagner leur mari, mais cette loi sur les pèlerinages ne les oblige pas, pas plus que les garçons avant 12 ans.
Faire ce pèlerinage à Jérusalem, 3 fois dans l’année, aux grandes fêtes, ou au moins une fois si possible, ou une fois dans sa vie, selon les distances, est très important pour tout juif. Car le pèlerinage fait entrer dans une symbolique qui veut dire le sens de la vie de tout homme, en marche vers son Dieu. « Il me faut être chez mon Père »
Lire la suite : Homélie Ste Famille (Lc 2, 41-52) - P. Henri Imbert
Ceux d’entre vous qui ont suivi du catéchisme en primaire ou au collège ont sûrement dû croiser plusieurs fois cette histoire de Zachée et peut-être même vous a-t-on invité à le représenter par une BD ou un mime ? En effet cette scène que nous rapporte l’évangile de Luc est tellement visuel qu’il se prête bien à ce genre d’exercice.
Si j’avais personnellement à en faire un tableau, je crois que je mettrais en relief les regards croisés de Zachée et de Jésus. Zachée, nous dit l’évangile « cherchait à voir Jésus ». Simple curiosité ou plus ?
La suite nous montre qu’il y avait beaucoup plus (à son insu sans doute) et cela ne s’est dévoilé à lui que dans la rencontre avec Jésus. Il « cherchait à voir Jésus » et il en a pris les moyens : monter sur un arbre en laissant voir sa petite taille à tous lui le « chef des collecteurs d’impôts » personnage très important, redouté de tous pour ses prélèvements fiscaux très arbitraires au profit de l’occupant romain et de sa propre fortune.
Difficile de voir sans être vu : Zachée en prend le risque et peut-être même le désire-t-il profondément : être vu de cet homme Jésus dont on parle beaucoup. Jésus ne manque pas ce rendez-vous désiré : « Levant les yeux » il s’adresse à Zachée.
Nous arrivons au terme de notre lecture du chapitre 6 de saint Jean commencée au début du mois. Nous avons longuement écouté Jésus se proposer comme pain pour la vie du monde. Comme les auditeurs de Jésus, nous en avons assez entendu pour savoir à quoi nous en tenir sur la personne et le message de Jésus. Qu’allons-nous décider ? Avons-nous envie de continuer notre chemin en compagnie de cet homme-là ?
C’est la question, en tout cas, que se sont posée ouvertement les auditeurs de Jésus. Et beaucoup d’entre ses disciples – beaucoup, souligne l’évangile – ont répondu non. C’est trop ! On ne suit plus.
Se nourrir de sa parole, oui ! Mais se nourrir de sa chair, non ! C’est du délire. Il n’est pas honorable d’entretenir de telles imaginations.
Mesurer la tristesse de Jésus. Il n’a pas convaincu tous ceux qui s’étaient engagés à sa suite.
Quelle déception ! Avec quelle angoisse se tourne-t-il vers le dernier carré ! « Et vous, n’avez-vous l’intention de partir, vous aussi ? » - Non, ils resteront. Car ils n’ont pas trouvé mieux que Jésus. Ce n’est pas très glorieux, mais c’est la vérité. Jésus, ils ne le comprennent pas toujours, mais ils pressentent qu’en lui, c’est la sainteté même de Dieu qui se révèle et qui veut se communiquer.
Communier au pain de Jésus, c’est communier avec l’invraisemblable, accéder à l’impossible. C’est communier à la sainteté même de Dieu, à la vie même de Dieu.
Lire la suite : Homélie sur Jn 6,60-69 - P. Dominique Salin, sj